- Les Grands de la mouvance Ghiwanienne

vendredi, septembre 05, 20081commentaires



Anti Ziane Halek


Mohamed Derham-Jil Jilala

Plus connu aujourd’hui comme concepteur-rédacteur en communication ou comme membre de la famille Oufkir, Mohamed Derham est d’abord un grand artiste, qui a participé à la formidable aventure de Jil Jilala, groupe mythique de nos belles années 70.


"Je suis le produit d’une époque". Mohamed Derham a vu le jour à Marrakech en 1949. Il a grandi dans le Maroc de la post-indépendance, celui des si mouvementées années 60. "Cela bouillonnait vraiment à tous les coins de rue. La tendance était à la culture et à la politique. On contestait beaucoup, mais on entreprenait également beaucoup". Le Marrakech du début des sixties constituait, juste derrière Casablanca, la deuxième scène authentique de l’underground marocain, une sorte de contre-culture où la contestation politique était servie par deux armes redoutables : la musique et le théâtre. Comme ses congénères de Nass El Ghiwane, Lemchaheb ou Tagadda, Derham est venu à la musique via le théâtre, d’abord dans les rues, ensuite dans les associations locales, les fameux "clubs de la jeunesse" qui proliféraient à l’époque, la scène, etc. Le mot d’ordre dominant, à l’époque, était la "correction", ou le retour à la marocanité : "On voulait tout corriger.

Chanson : Morock'n Roll
“Instead of Rock and Roll, it should be called ‘Moroccan Roll’” - Shaykh Hamza Yusuf (On the Muslim origins of the basic beat of rock and roll music; the basic 4-2-4 beat is based on La-ilaha-il-Allah (SWT))

Nous sortions à peine du colonialisme, nous voulions nous en éloigner au plus vite en retournant au patrimoine marocain, loin des vents de l’Occident, mais aussi des sirènes du Machreq arabe". Derham passe par les deux principales associations qui fédéraient la jeunesse de Marrakech : la chabiba Al Hamra et le club Comédia. C’est là qu’il côtoie déjà deux futurs membres de Jil Jilala, Moulay Abdelaziz Tahiri et Moulay Tahar Asbahani, ainsi que Mohamed Chahramane, l’un des auteurs les plus inspirés des années 70, spécialement réputé pour la réadaptation des textes anciens. Ce mouvement, qui a réellement pris de l’ampleur à partir de 1962, a atteint son apogée trois années plus tard avec, entre autres, l’adaptation du fameux "Al-Harraz" par le dramaturge Abdeslam Chraïbi, sorte de réplique marrakchie de Tayyeb Saddiki à Casablanca. Mohamed Derham se lie rapidement au comédien Mohamed Afifi, un grand monsieur du théâtre populaire (vu au cinéma, entre autres, dans "à la recherche du mari de ma femme" ou "Mille mois"), quitte son Marrakech natal pour Fès et El Jadida, avant de déposer ses valises, définitivement, à Casablanca. En 1971, Larbi Batma, Mohamed Boujemia et d’autres jeunes gaillards du Hay Mohammadi se sont affranchis de Tayyeb Saddidki pour fonder Nass El Ghiwane, avec le succès que l’on sait. Derham leur emboîte le pas avec Moulay Tahar Asbahani, Mahmoud Saïdi (décédé il y a deux semaines) et quelques autres. En 1972, Jil Jilala était né. "Le groupe, se rappelle Derham, doit son existence à Hamid Zoughi (ndlr : acteur chez Jilali Ferhati et, aujourd’hui, réalisateur de cinéma). C’est lui qui nous a réunis et convaincus de nous lancer en travaillant un nouveau style, inspiré de la musique soufie et des chants des zaouiyas marocaines". Le nom de Jil Jilala (la génération des Jilala) est d’ailleurs dédié à l’une des nombreuses confréries du royaume. Pour ses débuts, le groupe récupère l’un des membres fondateurs de Nass El Ghiwane, Moulay Abdelaziz Tahiri, venu pour explorer à fond les possibilités par le Zajal et le malhoun. Jilala s’adjoint aussi les services d’une chanteuse, Sakina, et va à Essaouira chercher un jeune mâalem gnaoui, menuisier le jour et prodigieux musicien – chanteur la nuit : Abderrahmane Paca. Les premières chansons du groupe, sans doute les meilleures de tout leur répertoire (les "Lajouad", "Lighara", "leklam lemrassaâ") sont portées, d’ailleurs, par le jeu de ce même Paca, qui basculera quelques années plus tard chez les frères-ennemis de Nass El Ghiwane. Comme ces derniers, les Jil Jilala obtiennent un succès immédiat, plus palpable dans le sud du pays, mais aussi dans tout le Maghreb, et principalement en Tunisie. à partir de 1974, le groupe essaie d’élargir son champ et recrute, coup sur coup, deux excellents musiciens : Abdelkrim Kasbiji, qui deviendra la coqueluche du groupe sur scène, et Hassan Miftah. Plus tard, les Jilala iront chercher un autre jeune mâalem, pour pallier le vide laissé par Paca : Mustapha Baqbou, aujourd’hui l’une des références de la scène gnaouie à Essaouira. "Nous n’étions pas exactement une bande d’amis, prévient toutefois Derham, juste des musiciens complémentaires qui tournaient bien ensemble en étant, tantôt, plus royalistes que le roi, tantôt plus communistes que les communistes". Le royalisme des Jilala trouve son illustration quand, au lendemain du discours de la marche verte de Hassan II, le groupe compose à la va-vite l’un de ses standards : le très patriotique "Laâyoune Aïniya (Laâyoune, mes yeux)". Le communisme du groupe s’exprime, dixit Derham, via "Sa propension à tout partager équitablement (royalties, recettes des tournées) entre tous les membres du groupe, quel que soit l’apport de chacun". Royalisme et communisme vont se diluer au fil des années. Entre 1976 et 1977, Sakina quitte le groupe. Ce qui n’empêche pas Jil Jilala d’aligner de nouveaux chefs-d’œuvre, comme la reprise fantastique de "Chamâa", vieille chanson du répertoire du malhoun, transcendée par les jeunes gens de Marrakech. Ou "Arrâad", autre classique du malhoun revisité avec bonheur. Sans oublier "Loutfiya", éternel chant soufi dans lequel Derham est au sommet de son art. Dans la foulée, le groupe enregistre ce qui restera, probablement, comme son plus grand succès : "Ezzine ousoulouk". La chanson, magnifique de bout en bout, comporte un passage ("sarrah masjounek", littéralement libère ton prisonnier) devenu aussi fameux que le "Haydouss" de Lemchaheb. Explication de Derham : "Ce texte n’est pas à nous, il appartient au patrimoine marocain. Il signifie, au premier degré, libère-toi de ce qui te pèse sur le cœur. Mais la façon dont le couplet a été chantée, plutôt crié, hurlé, lui a donné une multitude de significations qui appartiennent, d’abord, à ses auditeurs". Pour la petite histoire, "Sarrah Masjounek" est devenu, au grè du hasard, "libère les prisonniers d’opinion", "vide ton verre (de vin)", "exprime ton désir à ta dulcinée", etc.
La belle histoire de Jil Jilala s’essouffle tout au long des pénibles années 80, marquées par l’arrivée massive des synthés, du raï et par l’ère du vidéo-clip. Le groupe, à l’image des Ghiwane et Lemchaheb, se cherche et se perd, entre le besoin de se renouveler et celui de coller à une époque qui n’est plus vraiment la sienne. Jil Jilala, sous l’impulsion de Derham, introduit une section de cuivres. Mais le clivage, au sein du groupe, est déjà consommé ; Derham fait bande à part avec Tahiri, tandis que le tandem Asbahani – Kasbiji fait des virées solitaires en malhoun (dont, notamment, un excellent "Dijour" avec le regretté Haj Houcine Toulali). "C’était le dur retour à la réalité des choses, se souvient avec amertume Mohamed Derham. Nous étions trop romantiques au départ, mais dans les années 80, nous sommes devenus adultes, des gens mariés, avec des responsabilités, des ambitions personnelles, etc. Même l’inspiration a commencé à se dissiper. Nous n’avancions pratiquement plus. Les décalages devenaient énormes entre les uns et les autres, et chacun voulait pousser dans sa direction. Difficile, dans ces conditions, de continuer d’exister, réellement, en tant que groupe". En 1995, Derham quitte définitivement Jil Jilala, une décision douloureuse qu’il avoue avoir sans cesse différée… depuis 1983. Trois années plus tard, l’artiste publie, à presque 50 ans, son premier et unique album solo. Une expérience qu’il n’a toujours pas renouvelée : "On vit, aujourd’hui, dans un monde de piratage tous azimuts. Publier un disque, même s’il marche bien, revient à perdre de l’argent puisque l’essentiel des recettes va à des pirates et autres revendeurs clandestins". Derham continue de jouer et de composer dans son petit coin (musiques de téléfilms, de génériques d’émission radio et télé, etc), se produisant même de temps en temps sur scène. Il gagne sa vie, d’abord, en tant que concepteur-rédacteur dans une agence de communication, loin, très loin du troubadour inspiré qui, dans les années 70, crachait littéralement ses poumons à chaque chanson de Jil Jilala. "Qui dit artiste, dit être atypique. Et dans un pays qui ne reconnaît pas vraiment ses artistes, on est tous condamnés à végéter ou à s’en sortir grâce à des bouts de ficelles". Il y a deux semaines, Derham a éprouvé un pincement de cœur en apprenant le décès, tragique, de l’un de ses anciens compagnons du groupe, le discret Mahmoud Saïdi découvert seul dans son appartement à Casablanca, plusieurs jours après sa mort. Un autre des ses camarades de "promotion", Abderrahmane Paca, vit des jours difficiles à Essaouira. Derham se déplace, d’ailleurs, ce week-end à Essaouira pour rendre un hommage à Paca, en compagnie de deux survivants des mythiques Nass El Ghiwame et Lemchaheb, Omar Sayed et Sousdi...
Enfin, pour la petite histoire, Mohamed Derham rappelle qu’il n’a rien à voir avec la famille Derham, l’une des plus puissantes tribus des provinces du Sud. Et ne tient pas spécialement à évoquer ses liens de sang avec la famille Oufkir. "J’ai épousé la nièce du général, en 1974, alors qu’il n’était déjà plus de ce monde, voilà tout"...

Par Karim Boukhari
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Larbi Batma-Nass El Ghiwane

Inoubliable, Larbi Batma avait mené une révolution artistique. En fondant « Nass El Ghiwane », il a osé dire ce que d’autres pensaient tout bas. L’homme s’est insurgé à sa manière et à travers ses chants, contre l’injustice et les rêves brisés. C’étaient dans les années 70, celles où la création s’épanouissait aux détours des quartiers périphériques et néanmoins mythiques.


Le nom de Larbi Batma restera à jamais gravé dans notre mémoire collective. Le fondateur du célèbre groupe « Nass El Ghiwane » maîtrisait à la perfection l’art et la manière de chanter des paroles puisées dans la réalité de ce Maroc si profond, si authentique et si tourmenté des années 1970. Les Marocains avaient vite ressenti que cet artiste-là avait une fibre artistique rare, et avaient apprécié sa voix si mélancolique qui ne laissait personne de marbre. L’homme a osé dire, ou chanter plutôt, haut ce que bien d’autres pensaient tout bas. Ses mots et ses cris retentissent, encore et toujours, jusqu’au tréfond des âmes. La même intensité continue d’émouvoir les jeunes générations.
Larbi Batma, décédé en 1998, des suites d’une maladie incurable, a laissé derrière lui un précieux et authentique héritage. Originaire d’Oulad Bouziri dans la Chaouia, Larbi Batma avait mené une vie de troubadour avant de poser les jalons de « Nass El Ghiwane ». Il a connu la misère, vécu dans le dénuement total et côtoyé les laissés-pour-compte du désormais QG de « Nass El Ghiwane », Hay Mohammadi, à Casablanca. En fine complicité avec Boujmiî (décédé lui en 1974), Larbi Batma, alors dans la troupe théâtrale de « Massrah Annass », décide de créer un groupe. L’idée avait séduit trois autres artistes, de ce même quartier, qui n’ont pas hésité une seconde à rejoindre cette nouvelle formation. Il s’agit d’Omar Sayed, Allal Yaala et Abderrahmane Kirouche (alias Paco). Les cinq artistes chamboulent le paysage artistique marocain : un nouveau genre de musique est né. « Siniya », « Ellah Ya Mollana », « Ya Bani L’inssane », « Elhal » et « Mahmouma » sont autant de chansons qui font toujours vibrer les âmes sensibles. Des chansons qui passent au crible des sujets tabous comme la torture, la répression et l’injustice sociale. « Nass El Ghiwane » abordait, à fleurets mouchetés, cette sombre réalité de cette partie plombée de l’histoire du Maroc.
Larbi Batma, acteur, artiste et écrivain avait un faible pour les vers et les rythmes. Son récit autobiographique en deux tomes, Arrahil (le voyage) et Al-Alam (la souffrance), est un témoignage saisissant sur sa vie, décrite avec finesse, par une plume sensible. Son plus grand projet demeure, incontestablement, ce poème-fleuve de 21 000 vers, « Al Houmam Al Houssam ». Larbi Batma ne passait presque aucune journée sans coucher sur papier ses idées et son point de vue sur les vicissitudes de la vie. Ses textes, simples et compréhensibles par le commun des mortels, sont la preuve du génie de cet intellectuel du Maroc d’en bas. Une simplicité qui prend racine dans les profondeurs de la société marocaine, et qui témoigne de sa capacité à inoculer des messages symboliques, tout en fredonnant des morceaux musicaux très bien composés. Talentueux, Larbi Batma a fait également du cinéma. Devant la caméra du réalisateur Mustapha Derkaoui, en 1984, il a joué dans « Titre provisoire » avec Farid Belkahia, Touria Jebrane, Aziz Saâdallah et Omar Sayed. Le film, d’une durée de 107 minutes, relate l’histoire d’un homme obsédé par la mort et qui vit, le plus clair de son temps, dans la souffrance. « Al Hal», un long-métrage réalisé par Ahmed El Maânouni raconte, lui, l’itinéraire du groupe. « Al Hal » a connu un franc succès et nombreux sont ceux qui se rappellent, au détail près, du film et de la prestation de ses acteurs. Batma, décédé à l’âge de 50 ans, est aujourd’hui le symbole de tout un art qu’il a voulu authentique autant dans ses sources d’inspiration que dans les formes de revendication qu’il véhiculait, sans ambages.
L’½uvre de Batma demeure ainsi vivante et peut même prétendre traverser les âges et les générations. « Nass El Ghiwane », quant à eux, continuent leur bonhomme de chemin et le groupe s’est même cloné pour donner « Banate El Ghiwane ». C’est dire que l’esprit « ghiwani » se conjugue également au féminin. Larbi Batma, de là où il est, apprécie sûrement que « Nass El Ghiwane » continuent sur leur lancée.

Par Atika Haimoud.





Larsad

Larsad le groupe survivant de la génération de la mouvance "Dahira El Ghiwania", les fans de cette dépendance musicale fixeront leurs attentes en horizon en permanence pour toutes nouveautés venant de leur part qui assouvira cette exigence percevue depuis des décennies, Lemchaheb en perte de ces leaders, les Ghiwanes un souffle qui s'etteint, jilala en quête d'une reconnaissance mondiale incertaine.
L'intelligentsia de la chanson engagée au Maroc représentée par le talentueux groupe Larsad, un bouquet de chansons est offert à toute personne désireuse d'écouter une musique harmonieuse et paisible....!!!



Chanson: لا للإرهاب



Chanson: الذيب



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août 25, 2010

http://tuningracing-anas.blogspot.com

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